BENGALI (LITTÉRATURE)


BENGALI (LITTÉRATURE)
BENGALI (LITTÉRATURE)

Au VIe siècle avant J.-C., les Aryens s’établissent au Bengale; ils y apportent le sanskrit, langue littéraire, et le prakrit, leur langue parlée, qui est l’origine du bengali proprement dit. Le sanskrit ne cessera jamais d’exercer une influence sur la langue et la littérature bengalis. Même s’il n’est plus parlé après la conquête musulmane, il reste la référence classique par excellence; la littérature bengali emprunte à la littérature sanskrite des formes et certains de ses thèmes, mais son inspiration est mêlée à l’histoire du Bengale et à ses traditions populaires et religieuses.

Dès son apparition, elle affirme son caractère particulier par son attachement au folklore, aux cultes laukiks (laïcs, vulgaires) et au bouddhisme. Le sentiment religieux s’y exprime dans sa simplicité populaire, sans atteindre à la grandeur qu’il revêt dans les œuvres sanskrites. L’œuvre littéraire, jusqu’au XIXe siècle, est entièrement poétique, destinée à être chantée et fréquemment accompagnée par un instrument. On ne peut concevoir la poésie bengali sans l’envoûtement de la musique.

L’époque de «Gaur»

À l’époque de «Gaur», avant la conquête musulmane, dès le VIIe siècle, apparaissent des œuvres écrites en sanskrit, mais dans un style typiquement bengali. Les charya sont les premières œuvres composées directement en bengali entre 950 et 1100. Chargés de symboles et chantés dans une langue ésotérique suivant les formes modales des raga, ils viennent de maîtres bouddhistes dont le culte était une branche du Mahayana. De la même époque datent les D k o Khan r Bachan , aphorismes pleins de sagesse sur la construction des maisons, l’agriculture, la femme, tout ce qui concerne la vie domestique et le travail des champs. G 稜ta Govinda , œuvre du poète Jayadeva (XIIe s.), exerce une influence encore sensible deux siècles et demi plus tard. Elle est très caractéristique, mêlant l’inspiration populaire et le classicisme, et revêtue de musique: écrite en sanskrit sous une forme simple d’opéra pastoral, elle décrit les amours de R dh et Krishna.

La conquête musulmane

Vers 1200, les Turcs anéantissent la vie culturelle, persécutent les prêtres, détruisent monastères et bibliothèques. Le sanskrit devient alors définitivement une langue morte, réservée aux savants. On ne trouve plus aucune trace d’œuvre littéraire. Cependant, transmise par voie orale, une tradition poétique survit, à travers les fables propres aux rites de la vie domestique et des cultes mineurs, les légendes que vont récitant prêtres, conteurs et chanteurs itinérants.

Après trois siècles, avec le retour à la paix et l’intégration progressive de l’envahisseur musulman conquis à son tour par la civilisation du Bengale, on assiste à une renaissance littéraire.

Les classiques pour tous

On revient à la tradition brahmanique et à l’érudition sanskrite. Des écoles tentent de définir une philosophie et une logique à partir des textes classiques. Le groupe brahmanique le plus rigide s’oppose même à tout usage littéraire du bengali, langue profane; d’autres, au contraire, sans altérer le caractère religieux et traditionnel de ces textes, y découvrent un nouvel humanisme.

Cette tendance à la vulgarisation des œuvres classiques est à l’origine d’une série de traductions, qui constituent désormais un genre littéraire; avec celles de R m yana par Krittib s (milieu du XVe s.), de Bh gavata Pur na (Shr 稜 Krishna Vijay) par M l dhar Basu (1481), de Mah bh rata par K sh 稜r m D s (XVIIe s.), on assiste à la transformation complète des épopées classiques en une littérature populaire qui reflète la structure sociale et les mœurs contemporaines. Ces versions libres retiennent de l’original l’aspect amoureux plutôt que l’aspect héroïque, le côté rustique plutôt que le côté aristocratique. Des interpolations d’autres épopées contemporaines s’y glissent, venant même parfois d’autres régions de l’Inde. L’éthique qu’elles expriment est liée à la propagande religieuse de Krishna. Le système prosodique issu de la tradition orale et employé par Krittib s sera constamment repris jusqu’au XIXe siècle. Ces traductions restent aujourd’hui des œuvres populaires classiques.

Le mouvement Vaishnava

Le courant poétique persiste, parallèlement à la tendance érudite: c’est le mouvement Vaishnava, qui devait s’épanouir autour du sage et savant Chaitanya. Plus que d’un mouvement littéraire, il s’agit d’un mouvement social et religieux. Bien que brahmane, Chaitanya ne reconnaissait ni les castes ni les croyances liées au système traditionnel. Il prônait une religion d’amour; l’amour de Krishna et de R dh («celle qui médite») symbolise l’union entre le divin et l’humain; nulle divergence n’existe entre les deux, pas plus qu’entre l’amour spirituel et l’amour charnel. Cet amour nie même la différence entre la femme et l’homme: ainsi Chaitanya, considéré comme l’incarnation de R dh , portait, dans ses moments de transes, les attributs de R dh languissante; étant en même temps un avatar de Krishna, il vivait donc simultanément l’amour des deux.

Ce thème spirituel fut à l’origine de Shr 稜 Krishna K 稜rtan de Badu Chand 稜d s, écrit au XVe siècle. L’interprétation en est pleine de fraîcheur, sous une forme simple et réaliste, R dh y est décrite sous les traits d’une femme du peuple. Après Chaitanya, en revanche, l’interprétation devient toujours plus subtile. Les poèmes (pad ) de cette période sont parmi les plus belles œuvres bengalis; ils sont écrits en vrajabouli, mélange de bengali et de dialecte de mithil , qui fut défini par Vidy pati.

L’aspect symbolique et allégorique de ces œuvres est particulièrement riche; il est inséparable du caractère affectif de cette dévotion et de son expression musicale, le K 稜rtan , qui survit de nos jours et qui est proprement bengali.

La littérature Vaishnava comprend aussi des œuvres doctrinales (Rasa-Tattva) qui ont pour sujet le culte d’amour et la dévotion selon les Vaishnava. Mais le genre nouveau que cette littérature produit, c’est la biographie: pour la première fois un être humain (Chaitanya ou l’un de ses disciples) devient le héros d’une œuvre, et se pose en symbole de la tolérance et de la libération du conservatisme brahmanique.

À partir du XVIIe siècle, la poésie Vaishnava prend un caractère conventionnel et artificiel. Les biographies pèchent alors par excès de crédulité et par un souci obsédant de prosélytisme. Après la mort de Chaitanya, le culte Vaishnava tombe en décadence et, perdant son aspect universel, prend la forme d’une religion étroite.

La poésie narrative: Mangal et Vijay K size=4vya

Les œuvres inspirées par les cultes locaux dérivés du bouddhisme présentent la forme de poèmes narratifs récités ou chantés, avec accompagnement d’instruments (instruments de percussion; bracelets de chevilles à clochettes; l’èkt r , instrument à corde unique) et de marionnettes (le terme p nch lik – marionnettes – est à l’origine de p nch li , poème narratif ou chanté).

Le thème de ces œuvres était le triomphe (Vijay) des divinités locales sur leurs rivales et le récit de leurs relations, tantôt protectrices et miraculeuses (Mangal), tantôt jalouses et vengeresses, avec leurs adorateurs. Le culte de ces divinités, façonnées à l’image de l’homme et chargées de défauts comme lui, était en faveur auprès des castes inférieures ou dénuées de prestige telles que celle des commerçants – opposition manifeste à la religion et à la caste supérieure des brahmanes.

Si la forme de ces poèmes est inspirée des épopées et pur na sanskrits, les divinités y sont des versions vulgarisées du bouddhisme; l’aspect rural et agricole de la vie bengali, la vocation maritime du pays y sont évoqués à travers les légendes et le folklore. Cette poésie narrative se rattache à la veine laukik de la littérature bengali et manifeste sa tendance à intégrer différents apports.

Le plus grand poète du genre est Moukoundar m Chakravart 稜 (fin du XVIe s.). Son Chand 稜 Mangal , écrit en forme de ballade, est remarquable par son sens historique, son analyse de la nature humaine et son ironie. Ses héros appartiennent aux castes inférieures, ce qui traduit une intention démocratique. La misère de son héroïne et des animaux de la forêt reflète les ravages exercés par les Turcs au Bengale après l’invasion.

Au XVIIe siècle, nombreux sont les poètes qui composent leurs œuvres suivant la tradition sanskritisante, mais en y introduisant des mots arabes et persans; les plus illustres sont Saiyad Al ol et Daulat K zi, et cela est vrai aussi bien dans le mouvement Vaishnava que dans la poésie narrative.

Le cas particulier de R y Mangal , composé autour de Dakkhin R y, dieu du Tigre en conflit avec la divinité musulmane Pir Bar Kh n G zi, et la conclusion réconciliatrice de cette légende illustrent la souplesse de la religion et des mœurs dans le Bengale du XVIIe siècle. Il faut également citer Satya-Pir , poème narratif dans lequel Satya (ou Vishnou) représente la partie hindoue de la divinité et Pir son aspect musulman. La poésie narrative issue des cultes N ths, apparus au XVIIIe siècle, synthèse du bouddhisme et du tantrisme shivaïte, met l’accent sur la pratique du hatha yoga et des pouvoirs occultes.

Les chansons

Le XVIIe et le XVIIIe siècle sont particulièrement riches en chansons. La tendance mystique et symbolique est représentée par les B ouls, chanteurs itinérants, illuminés par l’amour de Dieu; ainsi que par les Bh tiy li qui présentent Dieu comme le pasteur portant l’âme humaine sur la rivière de vie. Même si leur inspiration est mystique, aucun de ces groupes n’est rattaché à une secte particulière, et parmi eux on trouve un certain nombre de musulmans.

Le culte de K l 稜, la déesse terrible, très répandu au Bengale, mais adouci par le vaishnavisme, inspire le plus grand auteur de chants du XVIIIe siècle, R mpras d Sen, dont les œuvres sont encore chantées de nos jours. Shiva devient un personnage typiquement bengali, rustique, et même comique: il présente tous les défauts du vieux mari, son épouse Dourg est le type même de la jeune bourgeoise. Ces deux exemples, pris dans les poèmes dits Sh kta (Shakti est un autre nom de K l 稜), montrent la tendance de l’époque à s’éloigner du classicisme: tant dans l’interprétation des thèmes, qui servent le plus souvent de prétexte à une peinture réaliste, voire humoristique et même satirique de l’époque, que dans les circonstances de la naissance de ces œuvres, on assiste à de vraies joutes d’improvisation poétique entre des poètes patronnés par les cours seigneuriales.

Ce parti pris de divertissement, s’il est une manifestation de la décadence des mœurs, accélère aussi la sécularisation de la littérature, la naissance de la conscience artistique individuelle et du lyrisme.

Le poète Bh rat Chandra R y, protégé du roi de Nadiy , illustre très bien cette tendance. Dans son œuvre, l’amour perd toute signification religieuse et didactique; les divinités y sont traitées avec irrévérence; l’immoralité et l’obscénité s’y glissent parfois. Son style est très brillant, et ses intentions délibérément ironiques et satiriques. Son œuvre (Annad mangal ) est le reflet du XVIIIe siècle, période transitoire entre la décadence de l’Empire mongol et les débuts de la puissance anglaise.

La colonisation anglaise

La mort de Bh rat Chandra R y marque la fin de la vie culturelle proprement bengali. Le XIXe siècle est en effet bouleversé par la colonisation anglaise, sur le plan économique, social et politique. Calcutta devient la capitale du Bengale et de l’Inde, le siège de la bourgeoisie commerçante; le pouvoir passe des féodaux aux Anglais. L’introduction de l’imprimerie, des universités, des postes crée des conditions nouvelles. La littérature, qui était d’inspiration traditionnelle et rustique, s’embourgeoise elle aussi et s’urbanise; la langue se transforme, et l’usage écrit de la prose devient courant, sous l’influence de l’enseignement et de la propagande anglaise; la création du journalisme est déterminante: premiers écrits d’actualité en bengali; dialogue entre auteur et lecteur.

Après une première période d’apprentissage et d’imitation, qui dure environ un demi-siècle, sous l’influence de diverses personnalités qui ont elles-mêmes subi une éducation occidentale, le Bengale prend conscience de son individualité, et critique sa propre occidentalisation.

R mmohan R y, le premier, utilise la prose dans des essais polémiques sur les réformes religieuses et sociales: il cherche à purifier la religion hindoue de ses corruptions et de son sentimentalisme et à la renouveler dans la tradition ancienne des Upanishads et du Ved nta. Il est aussi le premier à avoir pris conscience de la nécessité d’un enseignement scientifique, et il écrit une grammaire en bengali; il est considéré comme le libérateur de la culture bengali et le promoteur d’un rapprochement avec l’Occident.

À une époque où le Bengale se trouve en danger de perdre son caractère propre, 壟shvar Goupta, lui-même poète et auteur des premières biographies littéraires en bengali, fonde Sangb d Prabh kar , premier journal important imprimé en bengali, et où de nombreux auteurs firent leurs débuts. Parmi eux, on note Akkhay Kum r Datta, à son tour fondateur d’un journal, intellectuel, éducateur et réformateur, pionnier de l’esprit scientifique, et 壟shvar Chandra Sharm , connu sous le nom de Vidy sagar («océan de savoir»), qui donne à la prose bengali une richesse et un rythme qu’elle n’avait pas encore. En effet, la langue populaire parlée, sous l’influence du roman, tend désormais à détrôner la langue littéraire, chargée d’archaïsmes: le premier auteur de romans en cette langue est Tekch nd Th kour, alors fortement critiqué par les puristes, mais qui contribue à donner au bengali son statut actuel de langue scientifique, technique et littéraire.

La période moderne et l’indépendance

La découverte de la littérature et de la pensée occidentales permit aux Bengalis de renouveler leur inspiration et leur technique dans un genre qu’ils avaient de tout temps pratiqué, la poésie, et aussi de s’essayer à des genres nouveaux, le roman et le théâtre moderne.

Le roman

Le roman, inspiré des maîtres anglais de l’époque, fut d’abord la peinture d’une société; elle s’accompagnait d’une intention moralisante. Tekch nd Th kour et Kaliprasanna Sinha sont les premiers maîtres du récit. Avec Bankim Chandra Chatterji (18381894), le roman se fait historique. On y sent passer un souffle patriotique d’une grande vigueur. Dans nanda Ma レh , il donne aux nationalistes indiens leur premier cri de ralliement. L’imagination de cet auteur, servi par une langue riche et sonore au phrasé ample et mélodieux, lui permit de prendre la première place parmi les romanciers indiens du XIXe siècle. On lui doit une douzaine de romans et des essais littéraires et philosophiques.

Un certain idéalisme romantique se retrouve dans l’œuvre de Sarat Chandra Chatterji (1876-1938) qui s’attache cependant à brosser un tableau fidèle de la société de son temps. Romancier fécond et apprécié, il a le don de camper des personnages de marginaux et de déclassés inoubliables en même temps qu’il sait évoquer l’atmosphère feutrée des maisons bourgeoises où vivent dans une cohabitation difficile de nombreuses familles. Ses personnages féminins sont particulièrement forts et attachants.

Rabindranath Tagore, son contemporain (1861-1941), fut avant tout poète. Il écrivit cependant un petit nombre de romans dont le plus remarquable est Gor , ample tableau de la vie intellectuelle et sociale de son temps. Ses nouvelles, les premières de la littérature bengali, sont des chefs-d’œuvre du genre. Elles atteignent à une perfection classique.

Le roman s’épanouit ensuite dans les œuvres de Bibhuti Bhushan Banerji (18961950), romancier de l’enfance et de l’adolescence villageoises. L’auteur de La Complainte du sentier (Pather P nch l 稜 , à l’écran) est un maître qui sait évoquer remarquablement la campagne du Bengale. Il touche par la profondeur de sa vision et sa tendresse.

Tarashankar Banerji (1898-1971) est l’auteur d’une vingtaine de romans et de nouvelles très appréciées (Le Salon de musique ). Il excelle dans la peinture des paysages et des hommes de son terroir. Admirateur de Gandhi, il se préoccupe de l’avenir des paysans dont il souhaite l’émancipation sociale et économique. Ses œuvres sont animées d’un grand souffle lyrique (R dh au lotus ).

Manik Banerji (1908-1956) fit entrer Marx et Freud parmi les maîtres à penser des écrivains bengalis. Nombreux le suivirent dans l’Union des écrivains progressistes. Il est l’auteur de trois romans qui font date et d’un nombre important de nouvelles.

La littérature narrative est en plein épanouissement. Tandis que les problèmes de forme prennent une importance grandissante, les auteurs utilisant toutes les ressources de la langue, dialectes, patois, argot, langue littéraire – Kamal Majumdar par exemple a une écriture très originale –, les grands thèmes sociaux continuent de nourrir la fiction: ainsi, Satinath Bhaduri est l’auteur d’un roman devenu classique sur la lutte pour l’indépendance. Parmi les autres romanciers, mentionnons Premendra Mitra, Achintyakumar Sengupta, Buddhadev Bose, Annadashankar Ray, Samaresh Basu, Sunil Gangopadhyay, Bimal Kar... Subodh Ghosh et Narayan Gangopadhyay se sont illustrés dans la nouvelle.

Au Bengale oriental, aujourd’hui le Bangladesh, le romancier le plus important est Syed Waliullah, mort prématurément. Les romanciers se consacrent à la peinture des milieux sociaux défavorisés (Abu Ishaq, S rya-dighal b ボi ) et des villageois des diverses régions (Shamsuddin Abul Kalam). La nouvelle est très appréciée (Shaokat Osman, Hasan Haphizur Rahman).

La poésie

La poésie est le genre qui a eu la plus longue histoire au Bengale. Michael Madhusudan Dutt (1824-1873) est le premier grand nom de la période moderne. Attiré d’abord par l’épopée, il emprunta ses thèmes à l’Inde ancienne mais il les traita dans un esprit contemporain et selon une technique inspirée des maîtres occidentaux, Homère, Dante et Virgile, qu’il lisait dans le texte. Il introduisit le vers blanc et assouplit la métrique. Ses sonnets, composés sur le modèle italien, ont renouvelé l’expression du lyrisme.

Ses successeurs appartiennent au mouvement romantique. Biharilal Chakravarti eut le mérite d’influencer Rabindranath Tagore au début de sa carrière. Celui-ci, philosophe, musicien, compositeur de chansons, éducateur, auteur dramatique, romancier et peintre, fut avant tout poète. Il exerça une influence considérable sur l’art et la pensée du Bengale. Il innova dans tous les domaines et élargit le lyrisme bengali par son humanisme universel. Il laissa à ses successeurs une inspiration, une langue et une métrique modernes.

Kazi Nazrul Islam (1899-1977) jouit d’une grande popularité pour ses vers patriotiques et révolutionnaires. Comme Tagore, il composa des centaines de chansons qui sont encore sur toutes les lèvres.

Le plus grand poète bengali contemporain est sans nul doute Jibanananda Das (1899-1954). Sa sensibilité d’écorché émeut, en même temps que la musicalité de ses vers et l’originalité de ses images créent un enchantement. Admirateur de Yeats et d’Eliot, il connaissait bien la littérature anglaise, qu’il enseignait pour vivre.

L’influence du symbolisme est évidente chez ses contemporains Buddhadev Bose, Sudhindranath Dutt et Bishnu De. Ces poètes sont des intellectuels aussi à l’aise dans la culture occidentale que dans la leur propre. Pour eux comme pour leurs successeurs, la ville de Calcutta est le centre où s’élabore leur activité poétique. Si le roman a gardé longtemps un cadre rural, la poésie est, dans une large mesure, urbaine. Les poètes cherchent à rendre compte du caractère fragmentaire et souvent déroutant de leur réalité quotidienne. Si certains adhèrent à des idéologies de gauche (Premendra Mitra, Subhash Mukhopadhyay, Samar Sen...), d’autres refusent les systèmes et les a-priori. Quelques-uns ont été, un temps, influencés par la poésie «beat» et les courants venus des États-Unis. Refusant l’intellectualisme de leurs prédécesseurs, ils recherchent une expression plus directe de leur expérience vécue (Sunil Gangopadhyay, Sakti Chattopadhyay...). La vie poétique est intense et s’exprime dans de nombreuses revues.

Au Bangladesh, le poète le plus apprécié est Jasimuddin (1903-1976), auteur de ballades sur le mode traditionnel, tandis que Shamsur Rahman, Al Mahmud, Nirmalendu Gun et Syed Shamsul Haq représentent le courant moderne.

Le théâtre

Le théâtre existait depuis toujours au Bengale sous une forme qui mêlait dialogues joués, chants et danse, le y tr , dont les sujets étaient surtout mythologiques. Le théâtre à l’occidentale naquit au milieu du XIXe siècle. Les premières pièces dénonçaient des abus sociaux de l’époque: ainsi, Dinabandhu Mitra (1830-1873) écrivit son N 稜l Darpa ユ pour protester contre les exactions des planteurs d’indigo. Les auteurs dramatiques produisirent ensuite des mélodrames historiques (Girish Chandra Ghosh, Dwijendralal Ray). Tagore lui-même écrivit plusieurs pièces symbolistes qui sont représentées encore aujourd’hui ainsi que de très populaires comédies musicales. Les dramaturges contemporains sont influencés par les auteurs occidentaux: nombreuses sont les traductions et les adaptations des classiques grecs, de Brecht et des Anglo-Saxons. La synthèse la plus originale a été proposée par Bijan Bhattacharya. Mentionnons encore Badal Sarkar, Mohit Chattopadhyay et un auteur dramatique très engagé, Utpal Dutt. Le Bangladesh, quand il était encore le Pakistan oriental, avait en Munier Chaudhuri, tué en 1971, un auteur dramatique et un traducteur de pièces remarquables. Shaokat Osman, Abdullah Al Mamun et Syed Shamsul Haq poursuivent une œuvre importante.

Encyclopédie Universelle. 2012.